![]() |
Copyright |
![]() |
première
version décembre 2006 |
|
dernière
mise à jour 26 janvier 2015 |
La biodiversité
L'un des grands problèmes de la planète concerne le maintien de la biodiversité, gage de la survie de l'espèce humaine. Nous allons dans ce chapitre présenter quelques unes des difficultés rencontrées actuellement dans ce domaine. Elles sont multiples, généralement le fait de l'action dévastatrice de l'homme, parfois volontairement et parfois involontairement, c'est à dire par ignorance des conséquences potentielles de certaines de ses actions. En fait l'ignorance était acceptable au 19ème siècle, beaucoup moins au 20ème et elle est absolument inadmissible aujourd'hui. Malheureusement les irresponsables sont légions. Dans la page climat de ce site nous abordons aussi ce problème de la réduction dramatique prévisible de la biodiversité si nos gouvernants et, d'une manière générale, les habitants de cette planète continuent à faire l'autruche. Rappelons la prospective de l'ONU à ce sujet qui a calculé le pourcentage de réduction de la biodiversité dans chaque région du monde à laquelle on peut s'attendre selon le scénario d'évolution envisagé (diagramme ci-dessous), et en conséquence a décidé que 2010 serait l'année de la biodiversité afin de tenter de faire prendre conscience de la gravité du problème. Il n'est guère besoin d'être expert pour constater que nous sommes tous concernés et que les zones de la planète qui vont être les plus touchées sont celles qui actuellement sont les plus riches en espèces animales et végétales avec des pertes qui dépasseront les 30% et des conséquences pour la vie humaine absolument gigantesques. Alors un conseil : secouez vos députés et autres élus pour qu'ils prennent les décisions qui s'imposent et les fassent respecter. Demain il sera trop tard.
Nous ne ferons pas le tour de toutes les atteintes à la biodiversité, mais avons sélectionné quelques exemples typiques afin de faire réfléchir et surtout réagir nos lecteurs. Pour vous convaincre de l'urgence de réagir et de s'indigner avec Stephane Hessel (lisez son dernier opuscule c'est indispensable) je vous recommande de vous connecter sur le site de l'ONU worldometers et de ne pas vous contenter de rester bouche bée devant la gravité de la situation affichée, mais de réagir et de vous indigner comme l'a fait, à plus de 93 ans, Stéphane Hessel dont je vous conseille aussi de lire attentivement le dernier opuscule.
le
poumon vert de la planète |
|
cohabiter c'est
possible |
|
l'espèce
humaine en très grand danger |
|
les apprentis sorciers
irresponsables |
la forêt amazonienneLa forêt amazonienne est une forêt tropicale humide située en Amérique du Sud . Le bassin amazonien s'étend sur 7 millions de km² et la forêt elle-même sur environ 4 millions de km². On va la retrouver dans 9 pays dont principalement le Brésil (près de 60%), mais aussi l'Équateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyane française, le Suriname, le Guyana, la Bolivie et le Pérou. Cette forêt représente aujourd'hui plus de la moitié des forêts tropicales restantes. La forêt amazonienne est la région la plus riche et diversifiée de toutes les forêts tropicales existantes.
Selon Wikipédia, sur le plan de la biodiversité cette forêt abrite environ 2,5 millions d'espèces d'insectes, 10000 de plantes et 2000 d'oiseaux et mammifères. Actuellement, au moins 40000 espèces de plantes, 3000 poissons, 1294 oiseaux, 427 mammifères, 427 amphibiens et 378 reptiles ont été scientifiquement classés dans la région[2]. Les scientifiques ont décrit plus de 100000 espèces d'invertébrés au Brésil[3] tandis qu'on estime qu'il y aurait plus de 75000 types d'arbres et 150000 types de plantes dites supérieures dans un seul km2.
Par ailleurs, l'Amazonie devient la principale source d'approvisionnement des industries du bois, en raison de l'épuisement progressif des forêts d'Asie et d'Afrique. Ainsi, au niveau mondial, la part du bois en provenance du Brésil est-elle passée de 14 % à 85 % en deux décennies. En outre la plus grande partie de ce bois est abattu illégalement (troncs de diamètre trop faible par exemple). Enfin, la sortie d'un seul arbre nécessite souvent l'abattage d'un grand nombre d'autres arbres, considérés comme sans intérêt marchand mais écologiquement indispensables pour l'ensemble de la survie de l'écosystème. Ainsi la forêt amazonienne est-elle décimée à grande vitesse et les arbres abattus inutilement laissés pourrir sur place entrainant une perturbation majeure des équilibres, dont la principale concerne l'absorption du CO2. Or on sait que la forêt amazonienne jusqu'à présent était un facteur majeur d'absorption du CO2 régulant ainsi son taux dans la haute atmosphère à une valeur garantissant les climats depuis des dizaines de milliers d'années. Aujourd'hui l'absorption de l'excès de CO2 par les forêts devient insuffisante et par contrecoup l'effet de serre augmente ce qui provoque un réchauffement global de la planète et un dérèglement climatique généralisé dont l'aggravation ira jusqu'à mettre en péril l'espèce humaine à moyen terme en rendant la planète invivable. Nos concitoyens ne semblent pas prendre réellement conscience de la gravité du problème et tout particulièrement ceux qui seront le plus concernés, c'est-à-dire les moins de quarante ans.
les grands prédateursAu cours du 19ème siècle, la majorité des grands prédateurs ont disparu de nos campagnes, victimes le plus souvent de l'acharnement des chasseurs et des agriculteurs (ce sont souvent les mêmes) et de surplus de l'ignorance et de la perpétuation de récits traditionnels et de croyances venus du Moyen Age et totalement exagérés. Ainsi au 21ème siècle la grande majorité des agriculteurs (et des autres) continue à être persuadée que le renard est un nuisible mangeur de poules. C'est parfaitement idiot et cette idée provient du Moyen Age, à une époque ou plus de 90% du territoire était couvert de forêts et où les rares habitants vivaient dans des clairières que, souvent sous l'incitation des monastères, ils aggrandissaient progressivement en défrichant. A cette époque l'élevage n'était pas confiné comme aujourd'hui, mais les volailles aussi bien que les porcs et les rares bovins étaient en totale liberté, parfois gardés par des enfants, mais toujours au milieu de la forêt. Il arrivait donc qu'un renard se saisisse d'une poule qui s'était aventurée un peu loin ou qu'un loup s'offre un roti de porc!
Aujourd'hui, le renard se nourrit essentiellement de rongeurs et à ce titre est un auxiliaire de l'agriculteur en détruisant environ 6000 souris et mulots par renard et par an. Dans les années 80, une épidémie de rage a sévi en Allemagne. Nos voisins germaniques ont immédiatement lancé une campagne de vaccination des renards et cette épidémie s'est éteinte rapidement. Malheureusement la France a une frontière commune avec l'Allemagne et les renards, qui ne vont pas à l'école, l'ignorent et certains ont un comportement transfrontalier. Et, bien sûr, quelques renards enragés sont arrivés dans l'Est de la France. Aussitôt le lobby agrochasse a réclamé l'abattage systématique de ce dangereux "Reginhart" jusqu'au fin fond du Pays Basque. Et les services vétérinaires officiels peu soucieux d'écologie et de réalisme leur ont emboité le pas. En Moselle (et dans d'autres départements sans aucune raison) on a donc empoisonné tous les terriers potentiels détruisant au passage bien d'autres espèces que le renard, mais pas les mulots et souris qui ont proliféré au grand dam des agriculteurs qui ont du multiplier les traitements "souricides" pour sauver leurs récoltes céréalières, détruisant au passage bien d'autres espèces, elles aussi utiles à l'équilibre de l'écosystème local.
C'est ainsi qu'on peut dorénavant dans certaines zones de France se promener pendant des heures dans la campagne sans voir le moindre animal, ni même entendre un chant d'oiseau! Mais dans ces régions les multinationales de l'agrochimie ont dorénavant des clients captifs. A l'inverse dans la zone résidentielle de mon village où j'ai bâti ma maison bioclimatique l'équilibre écologique est préservé et la biodiversité s'entend et se voit sans difficulté de jour comme de nuit, mais l'agrochimie n'a pas de clients dans cette zone habitée dont les jardiniers sont convertis aux méthodes ancestrales de la culture biologique. Et il y a des renards et des blaireaux dans la forêt voisine.
Dans le même ordre d'idées, une polémique fait rage en Ariège autour du problème de l'ours pyrénéen mangeur de brebis. Là encore autrefois les troupeaux étaient gardés et l'ours ne faisait que rarement festin de brebis. Aujourd'hui les éleveurs laissent leurs troupeaux divaguer pendant des mois sans la moindre surveillance au point qu'ils ne savent pas pour la plupart d'entre eux combien de bêtes ils possèdent (et combien ont disparu au cours de l'été) et que les experts de la direction départementale du ministère de l'agriculture estiment que chaque année 20000 moutons sont perdus dans les Pyrénées pour de multiples raisons (chute dans un ravin liée à une frayeur, chiens errants, vol). Et dans ce total l'ours représente un pourcentage absolument minime. Avant la politique de renforcement de la présence ursine dans le massif, le cheptel ovin comptait environ 573 000 têtes. Les dommages liés aux ours représentaient en moyenne 200 bêtes par an. Et lorsque les troupeaux sont gardés par un berger et des chiens patous la prédation des ursidés s'effondre quasi complètement. Ainsi pour l'ourse Hvala est-on passé de 29 brebis mangées en 2006 à 3 entre janvier et fin août 2007 (il s'agissait dans les 3 cas de brebis égarées dans les bois), parce que les éleveurs de la zone fréquentée par cette ourse et ses 3 oursons se sont organisés pour garder leurs troupeaux.
D'aucuns se posent la question "pourquoi vouloir conserver des ours dans les Pyrénées?". On peut identifier plusieurs raisons, mais la principale pour justifier cette présence c'est le maintien de la biodiversité et de l'équilibre. Sans ours il n'y a plus de grand prédateur dans le massif pyrénéen et donc aucun régulateur des populations d'ongulés (isards, etc...). L'ours a un rôle essentiel à jouer en éliminant les animaux les plus faibles et donc en garantissant la qualité du cheptel et réduisant donc les risques d'épidémie. Un cheptel d'isards ou de mouflons de qualité c'est aussi la garantie d'un entretien de leurs zones de paturage et donc, in fine, de la réduction du risque d'incendie. Tout est absolument interdépendant.
Et dans les forêts vosgiennes c'est le lynx qui doit jouer le rôle de l'ours pyrénéen, rôle dévolu au loup dans les Alpes avec la même problématique et les mêmes peurs ancestrales injustifiées. Notons qu'en 2013 un ou deux loups sont arrivés dans les Vosges, mais que les braconniers qui ont déjà abattus plusieurs lynx dans ce massif vont aussi abattre ces loups en toute impunité.
En Haute Normandie, dans la forêt de Brotonne, l'une des très rares zones de France que le Programme des Nations Unies pour l'Environnement considérait jusqu'à récemment comme peu dégradée par la présence humaine, il n'y a plus de grand prédateur, la population de cerfs et de chevreuils a donc proliféré sans limite naturelle (sans atteindre des proportions gigantesques loin de là : 300 têtes pour plus de 7000 hectares) et que s'est-il produit? Des cerfs sont tombés malades et comme il n'y avait pas de prédateur pour enrayer la maladie en éliminant les plus faibles, presque tous ont fini par être atteints. A tel point que les services vétérinaires ont demandé l'abattage systématique de tous les cerfs pour éviter la contamination vers les bovins (petit a parté : les services vétérinaires commencent donc à mettre en doute l'efficacité des mesures préventives de vaccination contre la tuberculose, mais ils ne le disent pas et personne d'ailleurs ne se pose la vraie question : pourquoi ça ne marche plus à 100%? Je vois déjà certains bondir, ... mais si la vaccination ça marche! Alors pourquoi n'a-t-on pas vacciné les cervidés est-ce que ça aurait coûté plus cher que de les abattre? d'autant qu'aux dires même des forestiers on ne sait si tous ont été abattus malgré les moyens exceptionnels mis en oeuvre). Bien sûr les 300 animaux abattus ne seront pas remplacés de sitôt et dans 4 ou 5 ans on se plaindra des conséquences! Et en décembre 2010 le préfet de Haute Normandie, sans doute pour clore avec éclat l'année de la biodiversité, a décrété l'abattage d'une quarantaine de blaireaux sous le même prétexte imbécile qu'ils seraient les vecteurs de la tuberculose...L'an prochain on s'attaquera à quel animal dans cette forêt? les paris sont ouverts.
les abeillesCe troisième exemple du problème de la biodiversité et de l'interdépendance des espèces animales et végétales est sans doute le plus dramatique à court terme.
La mort des abeilles met la planète en danger
Nous reprenons in extenso en raison de son immense gravité un article paru dans Les Echos (20/08/07) sous la plume de Paul Molga.
Les abeilles s'éteignent par milliards depuis quelques mois. Leur disparition pourrait sonner le glas de l'espèce humaine.
C'est une incroyable épidémie, d'une violence et d'une ampleur faramineuse, qui est en train de se propager de ruche en ruche sur la planète. Partie d'un élevage de Floride l'automne dernier, elle a d'abord gagné la plupart des Etats américains, puis le Canada et l'Europe jusqu'à contaminer Taiwan en avril dernier. Partout, le même scénario se répète : par milliards, les abeilles quittent les ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible, pas plus que de squatter pourtant prompt à occuper les habitats abandonnés.
En quelques mois, entre 60 % et 90 % des abeilles se sont ainsi volatilisées aux Etats-Unis où les dernières estimations chiffrent à 1,5 million (sur 2,4 millions de ruches au total) le nombre de colonies qui ont disparu dans 27 Etats. Au Québec, 40 % des ruches sont portées manquantes.
En Allemagne, selon l'association nationale des apiculteurs, le quart des colonies a été décimé avec des pertes jusqu'à 80 % dans certains élevages. Même chose en Suisse, en Italie, au Portugal, en Grèce, en Autriche, en Pologne, en Angleterre où le syndrome a été baptisé « phénomène «Marie-Céleste» », du nom du navire dont l'équipage s'est volatilisé en 1872. En France, où les apiculteurs ont connu de lourdes pertes depuis 1995 (entre 300.000 et 400.000 abeilles chaque année) jusqu'à l'interdiction du pesticide incriminé, le Gaucho, sur les champs de maïs et de tournesol, l'épidémie a également repris de plus belle, avec des pertes allant de 15 % à 95 % selon les cheptels. Un autre insecticide baptisé CRUISER avec sensiblement la même formulation vient d'être réautorisé en France (2010) ce qui est une ineptie totale.
« Syndrome d'effondrement »
Légitimement inquiets, les scientifiques ont trouvé un nom à la mesure de ces désertions massives : le « syndrome d'effondrement » - ou « colony collapse disorder ». Ils ont de quoi être préoccupés : 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, ni pollinisation, et pratiquement ni fruits, ni légumes. «Trois quart des cultures qui nourrissent l'humanité en dépendent », résume Bernard Vaissière, spécialiste des pollinisateurs à l'Inra (Institut national de recherche agronomique). Arrivée sur Terre 60 millions d'année avant l'homme, Apis mellifera (l'abeille à miel) est aussi indispensable à son économie qu'à sa survie. Aux Etats-Unis, où 90 plantes alimentaires sont pollinisées par les butineuses, les récoltes qui en dépendent sont évaluées à 14 milliards de dollars.
Faut-il incriminer les pesticides ? Un nouveau microbe ? La multiplication des émissions électromagnétiques perturbant les nanoparticules de magnétite présentes dans l'abdomen des abeilles ? « Plutôt une combinaison de tous ces agents », assure le professeur Joe Cummins de l'université d'Ontario. Dans un communiqué publié cet été par l'institut Isis (Institute of Science in Society), une ONG basée à Londres, connue pour ses positions critiques sur la course au progrès scientifique, il affirme que « des indices suggèrent que des champignons parasites utilisés pour la lutte biologique, et certains pesticides du groupe des néonicotinoïdes, interagissent entre eux et en synergie pour provoquer la destruction des abeilles ». Pour éviter les épandages incontrôlables, les nouvelles générations d'insecticides enrobent les semences pour pénétrer de façon systémique dans toute la plante, jusqu'au pollen que les abeilles rapportent à la ruche, qu'elles empoisonnent. Même à faible concentration, affirme le professeur, l'emploi de ce type de pesticides détruit les défenses immunitaires des abeilles. Par effet de cascade, intoxiquées par le principal principe actif utilisé - l'imidaclopride (dédouané par l'Europe, mais largement contesté outre-Atlantique et en France, il est distribué par Bayer sous différentes marques : Gaucho, Merit, Admire, Confidore, Hachikusan, Premise, Advantage...) -, les butineuses deviendraient vulnérables à l'activité insecticide d'agents pathogènes fongiques pulvérisés en complément sur les cultures.
Butineuses apathiques
Pour preuve, estime le chercheur, des champignons parasites de la famille des Nosema sont présents dans quantités d'essaims en cours d'effondrement où les butineuses, apathiques, ont été retrouvées infectées par une demi-douzaine de virus et de microbes.
La plupart du temps, ces champignons sont incorporés à des pesticides chimiques, pour combattre les criquets (Nosema locustae), certaines teignes (Nosema bombycis) ou la pyrale du maïs (Nosema pyrausta). Mais ils voyagent aussi le long des voies ouvertes par les échanges marchands, à l'image de Nosema ceranae, un parasite porté par les abeilles d'Asie qui a contaminé ses congénères occidentales tuées en quelques jours.
C'est ce que vient de démontrer dans une étude conduite sur l'ADN de plusieurs abeilles l'équipe de recherche de Mariano Higes installée à Guadalajara, une province à l'est de Madrid réputée pour être le berceau de l'industrie du miel espagnol. « Ce parasite est le plus dangereux de la famille, explique-t-il. Il peut résister aussi bien à la chaleur qu'au froid et infecte un essaim en deux mois. Nous pensons que 50 % de nos ruches sont contaminées. » Or l'Espagne, qui compte 2,3 millions de ruches, est le foyer du quart des abeilles domestiques de l'Union européenne.
L'effet de cascade ne s'arrête pas là : il jouerait également entre ces champignons parasites et les biopesticides produits par les plantes génétiquement modifiées, assure le professeur Joe Cummins. Il vient ainsi de démontrer que des larves de pyrale infectées par Nosema pyrausta présentent une sensibilité quarante-cinq fois plus élevée à certaines toxines que les larves saines. « Les autorités chargées de la réglementation ont traité le déclin des abeilles avec une approche étroite et bornée, en ignorant l'évidence selon laquelle les pesticides agissent en synergie avec d'autres éléments dévastateurs », accuse-t-il pour conclure. Il n'est pas seul à sonner le tocsin.
Sans interdiction massive des pesticides systémiques, la planète risque d'assister à un autre syndrome d'effondrement, craignent les scientifiques : celui de l'espèce humaine qui risque tout simplement de mourir de faim puisque l'absence de pollinisation empêche non seulement les fruits et légumes de se former mais aussi le développement des plantes fourragères et donc l'alimentation du bétail sera touchée elle aussi. Notons qu'au début 2013 suite à une proposition des députés européens, soutenus par une pétition du grand public, la Commission de Bruxelles a examiné le problème. Mais les lobbies de l'agrochimie sont très bien implantés à Bruxelles et la Commission qui n'a d'européen que le nom a préféré soutenir les multinationales d'outre atlantique plutôt que d'interdire ces pesticides dévastateuurs.
Il y a cinquante ans, Einstein avait déjà insisté sur la relation de dépendance qui lie les butineuses à l'homme : « si l'abeille disparaissait du globe, avait-il prédit, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre »
{1] Turner, I.M..The ecology of trees in the tropical rain forest. Cambridge University Press, Cambridge. ISBN 0-521-80183-4 (2001)OGM, pesticides et autres désherbantsLe quatrième point important pour la biodiversité est le développement inconsidéré de l'agrochimie. A la fin de la dernière guerre mondiale il y a eu plusieurs facteurs qui ont conduit à ce développement. Un boom démographique mondial, avec la crainte justifiée de ne pouvoir nourrir tout le monde a conduit les gouvernements à encourager le développement d'une agriculture industrielle, c'est le premier point. Le second résulte de la volonté d'hégémonie mondiale des Etats Unis dont les industriels capitalistes n'ont aucun scrupule à imposer au reste du monde leur modèle de croissance sans jamais se poser la moindre question éthique. C'est d'ailleurs encouragé par les hommes du pouvoir (cf http://www.newamericancentury.org) . Le troisième point résulte de l'ignorance des agriculteurs qui se sont laissés entrainer dans un cycle infernal par des techniciens agricoles dont la formation n'avait comme seul objectif que d'accroitre la production sans jamais se poser la moindre question sur les conséquences (jusqu'à une période récente l'enseignement agricole ignorait véritablement l'écologie) en particulier en terme de pollution des sols et de qualité réelle des produits. Enfin un quatrième facteur a aggravé les choses en France : le système bancaire spécifique du monde agricole.
Que constate t-on aujourd'hui dans nos campagnes? Sans être expert le simple citoyen qui circule en campagne va s'apercevoir que les machines agricoles sont gigantesques et très vite il comprendra qu'elles sont totalement inadaptées à la grande majorité des surfaces françaises, ce sont des machines américaines prévues pour des champs qui font 7 km de long! Le deuxième constat c'est que les tracteurs, énormes eux aussi pour les mêmes raisons, sont désormais clos et climatisés : l'agriculteur ne travaille plus en extérieur la plupart du temps. Et la raison en est simple : l'agriculteur est obligé de pratiquer à longueur d'années de multiples épandages de produits très dangereux sur ses cultures. Alors pour éviter la multiplication des infections graves chez les agriculteurs, les constructeurs de machines, et tout particulièrement de tracteurs, les protègent en les enfermant de manière étanche avec une climatisation dont l'objectif essentiel n'est pas de leur procurer un environnement thermique agréable mais de filtrer efficacement l'air qu'ils respirent pour éviter de les empoisonner. En effet la technologie, malgré les avancées dans ce domaine, ne permet pas encore réellement de laisser le tracteur seul sur le champ. On a encore besoin de l'agriculteur et donc il faut le conserver, c'est "une espèce protégée"!
Mais me direz-vous si les produits qu'il épand sont si dangereux qu'en est il des conséquences pour la production agricole? Et la pollution des sols? A la fin des années 80 un petit industriel rouennais et l'un de ses amis, directeur de recherche informatique pour un des grands de l'agrochimie suisse, sont venus me trouver pour me proposer un thème de recherche dont je fais état par ailleurs. De quoi s'agissait-il? La compagnie concernée constatait que son image de marque auprès des agriculteurs était en train de se dégrader fortement en raison de l'emploi inadapté des engrais et des pesticides, et pour remonter son image de marque, la direction de la firme avait imaginé de créer un département d'aide aux agriculteurs et dans ce cadre il avait semblé souhaitable de développer l'usage des microstations climatiques en vue, non pas de prévoir le temps du lendemain, mais plutôt de compiler ce qui s'était passé les jours précédents pour prévoir les risques de développement de maladies sur les plantes, ou les besoins réels d'engrais, etc...En gros plutôt que de laisser l'agriculteur faire des traitements au hasard dont le résultat était souvent désastreux on déterminerait à temps quel traitement faire. L'objectif affiché était de réduire les quantités de traitement et consécutivement les pollutions. Nous avons joué le jeu et développé une station de mesures climatiques, mais l'aspect exploitation de cette station n'était pas du ressort de mon laboratoire. Vingt ans plus tard je suis obligé de constater que l'emploi de stations climatiques reste marginal dans l'agriculture française et donc que l'on continue à polluer au petit bonheur la chance.Un petit aperçu :Autrefois on pratiquait une technique d'assolement en faisant tourner sur 3 ou 4 ans les diverses cultures locales sur une même parcelle avec une année de repos pendant laquelle le champ servait de paturage et était donc engraissé par les animaux. Aujourd'hui on constate fréquemment que le même champ est voué à la culture du maïs plusieurs années de suite ce qui détruit le sol. On va donc dès le labourage recouvrir le sol d'engrais (et le terme recouvrir n'est pas choisi au hasard, j'ai fait des photos -que je ne peux publier- où l'on jurerait qu'il vient de neiger!), première pollution : à la première pluie la majeure partie de cet engrais va passer dans la nappe phréatique ou s'écouler vers la rivière la plus proche selon la configuration du terrain.
Ensuite on va semer un maïs OGM, par exemple. Produit modifié artificiellement pour résister à certaines maladies ou certains insectes, mais dont la toxicité pour l'homme n'a pas été évaluée par le moindre organisme indépendant. Il est autorisé à l'emploi dès lors que la firme productrice a dit qu'il était inoffensif (d'après ses propres essais que personne n'a vérifiés et dont aucun labo spécialisé compétent n'a pu connaitre le réel protocole) et bien entendu c'est dix ou quinze ans plus tard que les services hospitaliers comprennent que la recrudescence de telle malformation ou de tel cancer est du à la consommation par l'homme (ou par des animaux que l'homme consommera ensuite) de ce produit modifié génétiquement.
Bien sûr OGM ne signifie pas automatiquement que cette semence résiste à tout. En particulier certains oiseaux, tels les tourterelles turques très répandues dans nos campagnes, peuvent avoir la malencontreuse idée d'aller récupérer quelque graine dans le champ fraichement ensemencé. Donc pour éviter la répétition de ce "vol" on va enduire la graine d'un poison qui va tuer très rapidement le volatile en cause (j'en ai vu plusieurs mourir quelques secondes après s'être nourries de graines fraichement semées). Mais comme la pluie peut avoir lavé le poison qui alors va simplement empoisonner les poissons que le pêcheur du dimanche va attraper sur le bord de sa rivière préférée, les firmes dorénavant l'inclut à l'intérieur même de la graine. Ainsi il va pouvoir diffuser dans la plante et se retrouver...dans votre assiette l'année suivante. Et comme la plante en pleine croissance est très gourmande en nutriments divers et toujours aussi sensible aux parasites et maladies cryptogamiques chaque semaine au cours du printemps on va lui faire une petite pulvérisation d'un autre mélange pour lequel on a demandé à l'agriculteur de bien se calfeutrer dans son tracteur. Notons que parfois ces graines qui doivent tuer les plantes parasites aussi bien que les insectes n'atteignent plus leur objectif après quelques années, car il semblerait que certains insectes aussi bien que certaines plantes semblent développer une résistance ou une immunisation à ces poisons, c'est du moins ce que j'ai pu constater au printemps 2007 dans divers champs de céréales de Haute Normandie.
A l'arrivée, votre produit alimentaire, quel qu'il soit, risque fort de ne pas avoir de qualités gustatives exceptionnelles mais par contre d'être rempli (et couvert) de multiples pesticides. Comme la législation française est très laxiste en ce domaine les quantités de pesticides trouvées dans les aliments sont toujours inférieures au taux légal. Malheureusement toutes les études médicales montrent que ces quantités sont suffisantes pour provoquer des dégâts considérables chez les consommateurs. En particulier des cancers du cerveau (d'après une étude française publiée par la revue Occupational and environmental medecine le 5 juin 2007[4]) ou du diabète, par exemple. L'AFSSA (agence française de sécurité sanitaire des aliments) confirme qu'une "dizaine" de substances pesticides classées cancérigènes "possibles" ou "probables" restent autorisées en France. Une future réglementation européenne sur les pesticides devait imposer à l'industrie chimique de trouver des substituts à ces produits en 2009 (en 2013 on attend toujours). Une fois qu'on a éliminé la "langue de bois" on comprend que puisque une législation européenne va intervenir cela signifie que les produits sont non pas "probablement" dangereux mais reconnus comme cancérigènes, mais que la puissance du lobby de l'agroindustrie auprès de la commission européenne et auprès du parlement européenne empèchera toute décision significative avant des années (et bien entendu il y aura un délai d'application jusqu'à ce que l'agrochimie ait mis au point des substituts à ces produits dangereux, substituts aussi dangereux mais qui ne seront à leur tour interdits que 15 ans plus tard, et ainsi de suite).
Mais bien sûr ce n'est pas la firme en cause qui paie mais le budget de la sécurité sociale qui se retrouve de plus en plus en déficit. D'ailleurs personne ne semble s'étonner que depuis 1945 les dépenses de santé augmentent très sensiblement plus vite que l'inflation alors que la prévention a fait d'indéniables progrès et que, pour les maladies graves, les outils actuels permettent de les détecter plus tôt et donc d'en diminuer les conséquences. Cherchez l'erreur. Non ce n'est pas la réponse préformattée que j'attend, ce n'est pas parce qu'on se soigne plus et mieux que les coûts ont explosé, c'est bien parce que l'alimentation actuelle est plus génératrice de multiples problèmes de santé et l'une des causes en est qu'elle est polluée de manière systématique. Il y a quelques années le pdg d'une des plus importantes multinationales américaines a été interviewé par un journaliste de la télévision CNN qui pourtant en avait vu d'autres. Il se trouve que ce jour-là j'étais en Allemagne et que dans ma chambre d'hôtel je pouvais recevoir CNN dont je connaissais la réputation mais que je n'avais jamais eu l'occasion de voir en France. Je suivis donc l'interview et, à un moment, le journaliste posa la question qui lui brûlait sans doute les lèvres depuis longtemps : "vous faites de la merde et empoisonnez la planète, mais pensez-vous à vos petits enfants?" (traduction littérale bien sûr) et la réponse fut brève mais explicite " j'en ai rien à foutre!". Le journaliste resta sans voix pendant un certain temps. Je pense que tout commentaire serait superflu. Seuls les dividendes comptent.
Un dernier rappel : nombre de jardiniers amateurs achètent sans réfléchir divers produits en jardinerie sans penser qu'ils seront les premières victimes puisque ce sont eux et leur famille qui mangent les produits de leur jardin. A titre d'exemple, beaucoup utilisent le roundup comme désherbant, pensant (parce que c'est dit dans la publicité) que c'est un produit sans danger. Je rappelle donc que ce produit est interdit aux USA et que la firme Monsanto a été condamnée pour publicité mensongère à ce propos en France en fin janvier 2007. Le tribunal correctionnel de Lyon a également ordonné la publication du jugement dans le quotidien le Monde et dans la revue Maison et Jardin . Mais le roundup existe toujours et continue d'être vendu dans les jardineries, mais souvent sous un autre nom.
Dans le chapitre suivant nous donnons quelques conseils pour aider monsieur toulemonde à participer à la préservation de la biodiversité, en particulier dans son jardin.
![]() |
![]() |
![]() |